• Arthur Baudon Vernet

Le gout du surf.

La vague de l’océan.

Une puissance sèche quand ça cogne de face.

On peut toujours esquiver en dessous.

Alors, il faut y aller de tout cœur.

Quand elle est vraiment forte,

il va falloir toucher le fond et

ne pas se relever trop tôt

pour éviter sa turbine arrière qui vous broieras,

ni trop longtemps, à peine sorti de l’eau,

la suivante vous en fera avaler

faute d’avoir eu le temps de prendre de l’air.

Il va falloir oser prendre une vague

pour s’échapper à cet enchainement infernal

qui va vous faire suffoquer.


Celle-là !


Allongé, propulsant mon bras gauche dans l’eau,

les doigts des mains bien joins,

puis le droit toujours soucieux des doigts

pour un maximum de performance.

Il faut absolument obtenir de la vitesse

pour ne pas être simplement heurté

par ce mur d’eau,

mais avoir une chance d’être d’abord emporté

puis enveloppé pour finir caressé par la vague.

L’écart de vitesse reste grand, l’accélération est indicible.

La vue blanchie d’écume

est devenue un brouillard liquide.

Je respire de façon automatique,

la vitesse à fond.

Agrippé à la planche, mes quatre doigts

s’impriment dans son verso

et mes pouces sur son recto,

comme si elle s’effritait entre mes doigts.

Ca fuse, ça pulse ! J’y vais, J’y suis !

La planche se durcit

comme si la vitesse et l’eau intensifiait sa densité.

Elle tape, ça cogne,

puis ça file aussi légèrement, facile.

Une trajectoire tranchante comme une flèche

qui fend l’air en deux.

Attention, la moindre oscillation

à droite ou à gauche,

la planche soudain de travers

va me faire rouler comme un teeshirt tombé

dans un lave-linge en position essorage.

Je suis toujours sur l’eau,

au-dessus et dans la vague,

sur et dans son écume

qui blanchit mes cheveux pourtant déjà blancs.

Ca va très vite, mais tout est arrêté,

j’ai l’impression de voir les gouttes d’eau

de part et d’autre de ma planche comme au ralenti,

d’avoir le temps de respirer l’absence de bruit et de frottement.

Un calme infini qui s’évapore instantanément.

Je suis une goutte d’eau dans l’océan,

ça change, avant j’étais un grain de sable sur la plage.


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