• Arthur Baudon Vernet

Le livre ouvert.

Dernière mise à jour : 17 août

Chaque jour est une page blanche sauf que pour beaucoup, elle est déjà écrite.

Ils tournent les pages du livre de leur vie remplis d’injonctions, de rendez-vous, de rencontres programmées.

Il ne s’agit plus d’un livre d’histoires, mais d’un agenda.

La journée est découpée en tranches horaires et à chacune correspond un verbe,

« Faire ceci ou cela », « ne pas oublier », « appeler », « écrire à » , « répondre », « contacter », « réserver », « organiser ».

Il est rarement écrit « penser » ou « réfléchir » et encore plus rare « ne rien faire ».

Pourtant commencer une journée comme une feuille blanche implique de s’être rendu disponible

pour accueillir tout ce qui allait se présenter à soi.

Cette disponibilité des sens et de l’esprit est la condition première pour se laisser entrainer, non pas par les heures et les minutes,

mais par la lumière. Celle des rayons du soleil qui vont éclairer ou plonger dans l’ombre notre chemin, qu’il soit sombre ou lumineux, peu importe.

Nos sens y seront seulement attentifs, sans vouloir en tirer quoique ce soit, sans vouloir le tordre

pour qu’il nous emporte où notre volonté nous dit d’aller ou pour se conforter à nos fantasmes.

Nous nous sommes abandonnés, non pas résignés, mais dans un abandon actif.

Oh combien alors, nos sens et notre esprit peuvent percevoir et se nourrir de bien plus qu’on avait osé le rêver.

Cette attention extrême, mais dépouillée de toute idée de « prendre » ou « d’avoir » déchire un voile qui nous montrait un monde embrumé. Il nous apparait net.

Comme quand on a réglé la netteté de l’image à travers l’appareil photographique.

On est alors parfaitement connecté à la réalité et non plus par la fausseté de l’illusion.

Cette connexion totale nous permet de créer des liens entre des objets, des pensées qui a priori n’en ont aucun.

Une pensée va générer une note de musique, un parfum une idée sur l’astronomie, une saveur va nous faire plonger dans les profondeurs de l’océan, une lumière à la texture d’une amitié,

un froid à l’immensité de l’univers, un touché rugueux à une couleur.

Comme si cet absence de « vouloir prendre » avait fait sauter un verrou et ouvert une immense fenêtre pour nous donner à voir tout ce que l’on ne voyait plus ou que l’on avait jamais vu.



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